5 vidéos commentées par David Abiker

David Abiker était l’invité de l’Observatoire Universitaire des Médias à Nantes. Intervenant sur le thème des “vidéos qui font le buzz”, voici ses commentaires et réflexions sur 5 vidéos représentatives.

Tous les matins à France Info, David Abiker propose un billet au sujet des vidéos du web (chronique à 7h27). “Depuis quelques années, la télé et la radio sont percutés au carrefour par un chauffard, qui produit des des objets audiovisuels, pas toujours identifiés, ni certifiés, pas toujours aux normes et avec des coûts de fabrication bien plus faibles… en un mot, le web. Information gadget, canular, difficile de faire le tri”. Il faut savoir le statut de ce qui circule sur l’internet, la carte de presse sert-elle encore à quelquechose ?

Nous avons affaire à de nouveaux sociotypes qui s’informent différemment (voir article à propos de Denis Muzet). La société de participation (copyright Ségolène Royal) est en train d’émerger, et elle transforme la façon de faire les médias. Heures de visualisation des journaux, choix dans les chutes de séries, publicités, la société évolue vers une liberté et l’accessibilité des contenus.

Les vidéos du web sont plutôt des moments de vie, des choses émotionnelles, ce n’est pas mieux ou moins bien, c’est différent” explique David Abiker. Décryptage de 5 vidéos stars du web :

JFK : Un assassinat si mal filmé !
Si cet assassinat était arrivé aujourd’hui, nous aurions des milliers de témoignages, comme le World Trade Center… C’est l’ancêtre des vidéos d’aujourd’hui, un événement historique, empreint d’émotion, de violence. A l’époque, pas de téléphones portables, mais Abraham Zapruder est venu filmer ça, debout sur un muret, et reste à filmer après le premier coup de feu. Nous aurions tous pu prendre cette vidéo. C’est un des premiers document amateur qui filme un événement historique. Ce n’est pas de la télé, on est aux cotés de l’homme qui filme, on tremble…


Assassinat Kennedy – Zapruder par novosibirsk

Il n’y a pas de mise en scène, c’est un document brut, il y a un “aspect bio de l’image”. Le principal attrait des vidéos du web est d’offrir des vidéos brut de décoffrage. Cela ne se montre pas au 20h sans commentaire… Internet oblige à une contextualisation“.

Sarkozy bourré : une vidéo passée dans la “lessiveuse d’internet”
Cette vidéo, originellement diffusée en télé, a été reprise sur le web. La radio télévision Belge, avec son présentateur (critiqué), fait une blague “il n’a pas bu que de l’eau”. Cet extrait passe, est capté par des internautes, et devient une vidéo star. Des milliers de gens font de cette image autre chose que ce qu’elle veut dir. Sarko bourré devient l’objet de chansons, de doublages, le lancement du présentateur est coupé… Dans les médias classiques, on ne voit rien… Tous les journalistes disent ne s’être aperçus de rien“.


Nicola Sarkozy bourré par aglagla_c_moi

“Cette image a pris une portée fantasmagorique… Il y a un parallèle à faire avec le sketch de Anne Roumanoff. Il passe chez Drucker, puis est repris sur le web. Le sketch intervient au pic de lassitude de la peopleisation du régime… Ce sketch a une portée subversive, du moins c’est ce qu’Internet lui donne. Roumanoff devient une héroïne anti Sarkozy, les gens y voient quelquechose. Quand le web récupère des images de télé et les diffuse en masse, il faut se poser une question. C’est qu’il se passe quelquechose“.

Le succès de cette vidéo d’Anne Roumanoff annonce en partie, selon David Abiker, la chute de popularité que connaitra le président Sarkozy dans les jours suivants. “Internet a servi d’immense sondage”. Il y a également un parallèle a faire avec la vidéo d’Eric Zemmour, invité chez Arte récemment. Cette image a été vue plus sur le web que le soir même sur Arte. Internet n’est pas seulement un outil de buzz, mais un moyen d’avoir un autre regard.

La pendaison de Saddam Hussein
Les télé ont refusé de diffuser la version “hard”. Ce sont des images pourries mais fascinantes. Faut-il montrer la pendaison ou non ? Une partie de la milice a criéee pendant la pendaison. La diffusion de ces images aurait fait passer cette justice pour encore plus expéditive…


Saddam Hussein Pendu par PeteRock

Cette vidéo apporte 1000 questions : Qui tenait la caméra, quelle justice, a t-il eu peur, est il mort de site, qu a-t on fait du cadavre…

Scarlet : Comment vendre des télé, sans en vendre…
Le web se met à imiter les codes de la télévision et des médias “dominants” (historiquement du moins). Les codes des bandes annonces de séries sont là… mais en fait, il s’agit d’une pub pour LG. La publicité télé marche toujours pour la lessive, mais le travail sur les leaders d’opinion se passe sur le web. Cette vidéo va t-elle faire vendre des télé, les gens aceptent-ils ce jeu… Pour être forte, une marque doit être proche d’eux. Le jeu, le document amateur, la manip fait partie de cette relation de proximité.


Scarlet trailer 2008 par mediafun

Dans ce cas, la vidéo n’est pas amateur, mais elle créée l’événement… les mécanismes du marketing explosent. La finalité est toujours marketing, mais les choses évoluent…

Justice : la limite de la violence visuelle ?
De la difficulté d’identifier le contenu viral… David Abiker insiste lors du passage de l’extrait pour que le son soit au maximum… Histoire de bien accentuer le coté oppressant de cette vidéo. “On est dans un truc compliqué. Au début on est dans un clip vidéo, et à la fin, on n’arrive pas à saisir le propos… Certains disent qu’on stigmatise la jeunesse des banlieues, d’autres que c’est de l’art, ou encore d’autres qui voient dans ce clip un moyen de vendre des blousons avec la croix… “.


justice stress (official video) par elnino

Ce clip cristallise beaucoup de choses :

  • il est diffusé d’abord sur le web (les télé n’en veulent pas)
  • c’est une éponge à débat, un créateur de débat

Il y a toujours un lien musique / violence. “Mais là, l’imitation du contenu amateur, cette volonté de contenu embeded nous amène à nous interroger. Ont-ils vraiment taggué, ont ils vraiment cassé des voitures ? C’est une violence brute, qui nous amène dans des endroits incompréhensibles.

Les vidéos du web obligent à se questionner, à vérifier, approfondir. On ne peut pas restituer de façon brute des images télés que le clip de Justice, il faut un commentaire. L’ambiguïté des images exerce une fascination particulière, notamment sur les ados. Le jeunes sécrètent des anticorps intellectuels face à l’intox“.

David Abiker a également évoqué une vidéo de Force Ouvrière (voir son analyse sur le site de France Info), mais aussi le teasing de Cloverfiled. (voir les retombées de cette opération de buzz).

Une excellente conférence, ou David Abiker a su mêler humour et convictions profondes, faisant partager une vision des médias et de notre société qui se veut “pragmatique”.

A propos de David Abiker
David Abiker est né le 11 février 1969 à Suresnes. Il a débuté sa carrière professionnelle à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, dont il est diplômé et où il enseigne toujours. Après quinze ans d’expérience professionnelle sucessivement dans le conseil, la communication, la formation et les ressources humaines,… En savoir plus sur son blog.